Projet azur : ramassage de déchets en méditerranée en kayak

Annaelle a organisé le Projet Azur pour ramasser et sensibiliser aux déchets en Méditerranée de Hyères à Carry le Rouet, en kayak gonflable Itiwit

ramassage de déchets en méditerranée en kayak

Très impliquée depuis plusieurs années dans le Développement Durable, Annaëlle n'avait jamais fait de kayak en mer. Mais elle s'est quand même lancée dans un projet de ramassage de déchets et de sensibilisation à la pollution de la mer Méditerranée. Et quoi de mieux comme embarcation que le dernier prototype du kayak gonflable Strenfit x500 Itiwit 2 places ? Nicolas, l'ingénieur qui l'a développé a vu de suite un bon moyen d'éprouver ce kayak pendant tout le périple et de pouvoir faire des améliorations suite aux retours d'Annaëlle. D'autres partenaires la rejoignent vite et lui permettent de se "jeter à l'eau" début septembre 2019.

#1 : L'origine du projet

" Mars 2019, je suis ouvreuse au Festival Escales Voyageuses à Avignon. Je suis chargée de placer les spectateurs dans la salle pour le film « Le Grand Saphir, une révolte ordinaire » de Jérémie Stadler. Je n'ai pas fait partie du comité de sélection de film cette année, je vais découvrir le film en même temps que les spectateurs. Et là, la claque, le déclic, à la fin de la projection je suis bouleversée. Ce film est le récit de plusieurs initiatives citoyennes consistant à ramasser les déchets pour préserver l’environnement. Le point d’entrée de ces portraits engagés et de ces lanceurs d’alerte relèvent de l’initiative personnelle d’Emmanuel Laurin - Le Grand Saphir - qui conjugue exploit sportif et protection de l’environnement. Durant près de 14 jours, Manu a parcouru à la nage 120 km de côtes tout en ramassant des macro-déchets pour sensibiliser le public sur l’état critique de la pollution en mer Méditerranée. « Le Grand Saphir » témoigne d’une société qui cultive ce paradoxe : être à la fois coupable de ce qui lui arrive et, en même temps, agir de manière responsable. Je décide moi aussi de me lancer dans une aventure écologique. Mais par où commencer ? Je ne connais pas la méditerranée et n'ai jamais navigué sur la mer... Il va falloir lire les cartes, les codes maritimes, apprendre à naviguer, repérer les associations locales porteuses de valeurs écologiques, et assurer ma sécurité durant ces deux mois d'aventures en plongée, kayak et exploration terrestre.

Le Grand Saphir, Une Révolte Ordinaire Bande-annonce

#2 : Les premières étapes, Hyères et alentours

La veille de mon départ, j'organise une conférence de presse à Toulon. L'aventure est relayée par les médias, j'en suis ravie, on parle d'écologie et je reçois des encouragements depuis les réseaux sociaux. Je commence mes ramassages sur terre et sous l'eau sur les superbes côtes de la Londe Les Maures et Hyères. Avec ma combinaison et mes palmes, je peux évoluer confortablement sous l'eau, je gagne en aisance, je retiens mon souffle plus longtemps, j'apprends sur le tas. Je vois des paysages et des poissons magnifiques, mais ce que je n'avais pas prévu, c'est qu'au mois de septembre, Hyères et ses alentours sous l'eau, c'est plutôt propre. Pas de décharges sous marines ni de plages submergées de plastiques comme on peut le voir dans le film. A cette période de l'année, les agents territoriaux nettoient les plages et les courants emmènent les déchets au loin. Pourtant, la pollution est partout : Il y aura bientôt plus de plastiques que de poissons dans les océans. Je rencontre beaucoup de militants qui, eux aussi, sont révoltés par l'état de la mer. Ce sont pour la plupart des sportifs pour qui la mer et le littoral sont leur terrain de jeu. Les plongeurs vétérans m'assurent qu'à mon âge, ils voyaient beaucoup plus de couleurs sous l'eau qu'aujourd'hui. Avec le kayak, je vais pouvoir allez plus loin et atteindre des zones inaccessibles par voies terrestres où le mouillage est interdit. Cap sur l'île de Port Cros et alentours ! C'est dans ces criques magnifiques que s'agglomèrent les polystyrènes, les plastiques qui flottent et s'échouent au gré des flots. En accostant, j'ai marché sur du plastique plutôt que sur des coquillages. Le ton est donné : la pollution est présente surtout là où les vents et courants dérivent et où l'humain ne ramasse pas. Il s'accumule et se fond complètement dans l'écosystème pour être utilisé par les crustacés comme des coquilles, par certains organismes comme radeau pour dériver et comme nourriture par toute la chaîne alimentaire...

kayak gonflable projet azur

#3 : Du Pradet à Saint Cyr sur Mer - Le kayak deux places

C'est super d'évoluer seule sur mer. On se recentre sur soi, on respecte son rythme et celui de la houle. Seulement, je ne connais pas les endroits où j'arrive. J'ai besoin d'équipiers pour partager cette aventure. Je récupère mon K2, un prototype du tout nouveau kayak gonflable Itiwit Strenfit x500 que me prête Nicolas, l'ingénieur qui l'a développé chez Itiwit (Decathlon) et commence à faire de plus grandes balades avec des volontaires qui ont entendu parler de mon projet dans les médias/réseaux sociaux, et quelques amis me rejoignent en route. C'est à deux que nous avons sortis les pneus du fond de l'eau, que nous avons nettoyé de plus grandes surfaces. Avec le kayak, nous avons pu évoluer plus au large et plus vite qu'à la nage. En binôme, l'un nage et ramasse et le kayak assure sa sécurité et le stockage des déchets collectés. Comme à chaque ramassage, nous déballons nos trouvailles sur une plage facile d'accès où les personnes peuvent constater le problème. Beaucoup s'arrêtent et nous demande d'où ils viennent. Tous ont été ramassés sur l'eau, sous l'eau ou sur les plages et criques où nous accostons, mais leur provenance est seulement de 20% jetés directement en mer. Les 80% restants sont des déchets terrestres, emportés par le vent, les eaux de pluies, les rivières, les fleuves... Un homme a été attiré par notre kayak de mer gonflable, je lui propose de l'essayer puis lui explique mon voyage et pourquoi je le fais. Très touché par la cause, il fonce chercher son appareil photo et nous tire le portrait. Beaucoup de personnes sont touchées par notre action, elles nous sont reconnaissantes pour les actions et la sensibilisation que nous faisons autour de nous. Elles nous accueillent, nous donne du matériel, nous raconte leurs histoires et à quel point leur mer, notre mer, est belle.

ramassage dechet kayak gonflable

#4 : La Ciotat

Une fois par semaine, j'organise un ramassage collectif avec des associations locales où tout le monde est convié. Cette fois-ci, l'évènement co-organisé par Déchet Zéro & Co nous a permis de ramasser plusieurs centaines de kilos avec plus de quatre vingt participants. C'est sous un soleil radieux qu'une brigade terrestre et une brigade maritime composée de kayaks et plongeurs s'affairent pour dépolluer la grande plage de la Ciotat. Malgré l'effroi dû à l'abondance des déchets, je suis heureuse de compter autant de personnes. Des amis, des personnes qui suivent l'aventure, des locaux bien sur, et Manu, le héros du « Grand Saphir » est parmi nous. La rencontre avec celui qui m'a inspiré me rebooste comme jamais !~Avant de partir pour les calanques, mon binôme et moi décidons d'aller sur l'île verte par une mer agitée en partant de la calanque de Figuerolles, juste en dessous du Bec de l'Aigle. Le bateau est stable, mais la houle est irrégulière et le vent violent. On ne parle pas, on se concentre et on essaye de s'éloigner des flancs abrupts de l'île sur lesquelles nous ne voulons pas nous écraser. L'île verte nous a réservé de belles surprises. Cette île est le royaume des oiseaux; ils n'y ont pas de prédateurs. Au sommet, on trouve des vestiges de l'époque où cette île était un terrain militaire stratégique ainsi que, plus récents, plein de petits ossements d'oiseaux. Au milieu de ces ossements, des bouchons en plastiques vraisemblablement ingurgités par les oiseaux qui en sont morts.~Quand je repense à la traversée, je me dis qu'il est un peu fou ce binôme ! Plus tard dans l'aventure, nous explorerons le Cap Canaille et les falaises du Devenson sans avoir la technicité nécessaire. J'y ai fait une chute qui aurait pu être fatale. Cette leçon m'apprendra à être plus prudente lors de mes aventures...~ 

kayak gonflable la ciotat

#5 : Le parc national des calanques

C'est certainement la plus jolie partie de mon excursion. Je l'ai tellement aimé que je l'ai faite en kayak et à pieds. A pieds, j'ai évolué dans un milieu parfois hostile avec des falaises abruptes et un vent presque constant. Un endroit propre et plutôt respecté des randonneurs et des pratiquants d'escalade, parce qu'ici nous sommes aussi sur le terrain de jeu des grimpeurs. J'ai fait plusieurs arrêts dans des refuges qui avaient tous un charme très singulier, notamment un abris caché où j'ai pu m'abriter lors d'une tempête. Cet abris a été construit de bric et de broc par un amoureux des calanques dans les années soixante dix. Cet ancien marin militaire consacra sa retraite à la protection des Calanques en restaurant de nombreux abris et refuges plus ou moins cachés. Il ramassait et brûlait systématiquement tous les déchets qu'il trouvait. Je marche sur les pas d'un protecteur de la nature.~Au retour, nous nous arrêterons à la Calanque de Port Miou à Cassis pour embarquer le lendemain en kayak et aller jusqu'à Marseille. Une grille attire notre attention; un ancien puits? Une galerie souterraine ? Un randonneur nous explique la troublante vérité : L'usine Alteo extrait de l'alumine et évacue ses déchets dans les Calanques à travers ce tuyau. Les fameuses "boues rouges", toxiques pour l'environnement sont rejetées 7 kms plus loin par 330 mètres de fond dans le canyon de Cassidaigne, une sorte de vallée sous-marine très étroite aux versants abrupts, qui atteint très rapidement 2000 mètres de profondeur, et dans laquelle se rencontrent des espèces profondes et des espèces côtières, ce qui en fait un site remarquable. De par l'effet d'avalanche permanent des boues et leur conséquences toxiques sur les espèces marines, on peut constater une absence de vie dans ce secteur.~En kayak, nous avons fait toutes les calanques. Nous avons pu voir depuis la mer ce que nous avions foulé la veille en randonnée. Je ne m'attarderai pas sur la beauté des calanques et de ses eaux limpides. Le kayak était le moyen de transport parfaitement adapté pour se rapprocher des falaises et mieux apprécier les caractéristiques géologiques de ces paysages. Ce moyen de transport doux ne pollue pas et en naviguant, on ne perturbe pas les écosystèmes marins. Arrivés sous les falaises de Soubeyrannes, mon regard est attiré par des carcasses de voitures sur le flanc de la falaise. En me géolocalisant et en faisant appel aux témoignages d'habitués du site sur les réseaux sociaux, nous nous rendons compte qu'elles sont au dessus d'un virage serré de la route des crêtes et qu'il y en a encore beaucoup d'autre sous les eaux...~