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Cap sur la Grande Muraille de Chine Aragonaise  !

Trois jours et 60 km de canoë dans les eaux turquoises de l’Aragon Sauvage.

Sébastien à la Glaglarace 2022

On n’imagine plus les vacances sans une aventure en canoë ! C’est même devenu un critère de sélection dans le choix de nos destinations. Cette année ça sera le nord de l’Espagne et plus particulièrement l’Aragon. La carte promet de vastes étendues bleues et après avoir vu quelques photos d’eaux turquoises, on décide de partir à l’exploration une succession de gorges et de barrages, frontière naturelle entre l’Aragon et la Catalogne et dont le point de départ est le congost de Monte Rebei. On repère également dans la même zone la Muralla China de Huesca, une « Muraille de Chine » naturelle, faite de blocs rocheux imposants dressés qui sortent de l’eau. Ça a l’air spectaculaire… voilà le prétexte idéal pour passer quelques jours sur l’eau et nous laisser imaginer un début d’aventure.

Nous commençons la préparation. Tracé au couteau sur la carte, il y a 60 km pour parcourir de haut en bas la zone et nous tablons sur 3 jours en autonomie avec deux bivouacs. La géographie du lieu est particulièrement chaotique et les berges escarpées. On décide donc de choisir nos lieux de bivouac sur le terrain, en fonction des opportunités qui se présenteront.

Principal acteur de cette expédition, notre Itiwit x100, rodé depuis plus d’un an sur toutes les rivières de France et infatigable voyageur. Il est un compagnon de choix par sa stabilité et son format « ouvert » qui nous permet d’emporter avec nous beaucoup de matériel : la pompe, 2 bidons de 26L et 2 sacs étanches de 20L. Tout bien rempli et avec nous, nous sommes à plus de 150 kg, la capacité maximale du canoë, mais ça passe sans encombre en sur-gonflant légèrement les boudins.

À l’intérieur des sacs et des bidons, notre tente, nos duvets, matelas gonflables, un réchaud, des rations lyophilisées, quelques affaires de pêche, beaucoup d’eau et de la crème solaire. On n’oublie pas les pagaies et les gilets, un kit réparation au cas où, les ailerons et on charge la voiture.

Jour 1 : Découverte du Congost de Monte Rebei - ±15kms

Après 3h de route depuis le petit coin où on a passé la nuit, on aperçoit enfin la rivière. Tumultueuse et avec un débit important, on se questionne au premier abord sur la possibilité de la remonter ensuite. Effectivement, nous avons prévu un aller-retour car nous n’avons qu’un seul véhicule. Nous sommes rapidement rassurés en découvrant le début des gorges. Dans un décor de carte postale, c'est une belle étendue d’eau calme dans laquelle le torrent vient s’éteindre en charriant des sédiments de craie blanche. Nous sommes arrivés.

Avant de pouvoir pagayer, premier obstacle : le chemin d’accès à la mise à l’eau est fermé. Il faut donc descendre tout notre barda sur un bon kilomètre. Ca se fait, mais on redoute un peu la descente raide et caniculaire avec le canoë chargé. Amadoué par notre espagnol balbutiant, le gérant d’une location de canoë voisine propose de nous ouvrir la barrière et de nous descendre en 4x4 !

On charge le canoë, avantage au x100 sur ce coup là, qui de par son format compact se glisse sans souci dans le petit coffre en plus de toutes nos affaires. Arrivés sur une plage boueuse, sous un soleil de plomb, on attaque le gonflage. On commence à avoir l’habitude : 3 PSI dans chaque boudin, 5 PSI pour le fond rigide haute-pression, plus quelques coups de pompe pour le surpoids. Ça fait office d’échauffement et on transpire déjà, mais nous y sommes, on est heureux.

Quelques ¡muchas gracias! plus tard, nous voilà sur l’eau. Tout est bien calé. Les deux bidons à l’arrière tandis que les sacs étanches vont se loger dans le filet sur le pont arrière, avec quelques affaires non emballées. Nous sommes serrés mais pas collés, bien répartis de manière à équilibrer le poids sur l’ensemble du canoë.

La route s’oublie vite derrière nous. Comme il n’y a pas d’autres accès plus en aval, nous nous dirigeons donc tout droit vers un monde sauvage.

Des cimes d’arbres morts sortent de l’eau, nous imaginons une forêt sous-marine que nous survolons et à travers laquelle nous nous faufilons. À cet endroit c’est encore assez large, mais déjà très sauvage.

Un peu plus loin le relief se forme et les rives se rapprochent. Nous entrons alors dans le Congost de Monte Rebei. Les falaises sont très rapprochées, verticales au-dessus de nos têtes. Nous pagayons dans une eau turquoise, c’est idyllique. Nous ne sommes évidemment pas les seuls et un certain nombre de canoës de location nous accompagnent, mais on sème avec une aisance déconcertante ces rigides pourtant bien profilés. Le x100 nous surprend une fois de plus, rapide malgré son chargement important.


Les touristes d’un jour dépassés, le bleu-vert de l’eau sans tâche à perte de vue, nous commençons à scruter les berges à la recherche d’un lieu de bivouac. Là, les topos vus sur internet avant de partir se révèlent justes, vu la configuration, les berges verticales, il n’y absolument aucune zone pour planter la tente.

Nous continuons, admirant les vautours qui nichent dans les falaises, les randonneurs perchés sur des ponts suspendus qui dessinent des z dans la paroi et les passerelles qui suggèrent une autre approche pour découvrir ce parc naturel. D’en haut, en plongée, avec une vue sûrement tout aussi grandiose.

Un peu désorientés dans le dédale de gorges tortueuses, momentanément étroites, puis plus larges, puis à nouveau étroites, nous perdons rapidement la notion du temps et des kilomètres. Seul le GPS permet de nous localiser approximativement sur la carte. Mais les bras commencent à tirer, ce qui nous laisse deviner qu’une bonne partie de la première journée de navigation est faite. Nous décidons de pousser un peu plus loin à chaque fois, imaginant qu’au détour d’un virage une pente moins raide sera suffisamment hospitalière pour y passer la nuit.
Au bout de ce qui nous semble être une quinzaine de kilomètres de navigation, nous arrivons enfin sur un petit lac. On pense apercevoir sur la berge opposée une zone plate sur laquelle nous faisons directement cap !

Nous découvrons une presqu'île, avec de grandes terrasses plates et recouverte de sable fin : on ne pouvait pas rêver mieux.

Nous montons le campement, la vue est imprenable, avec l’entrée sud du Congost de Monte Rebei en face de nous sur la rive opposée et le massif montagneux qui se découpe derrière. Il n’y a pas de signe d’habitation aussi loin qu’on puisse regarder, ça y est, nous sommes déconnectés de la civilisation.

Un petit risotto et au dodo.

Jour 2 : La Muralla China de Huesca - ±30 km

Le lendemain, après une bonne nuit et un café, nous voilà repartis ! Objectif : la Muralla China de Huesca.

Avant ça, il y a encore quelques kilomètres de navigation dans les gorges et la traversée de l’Embalse de Canelles (un grand lac de barrage). On prend la petite embouchure qui se dessine depuis notre bivouac et c’est parti. Un vent de face enlève les dernières traces de sommeil et nous aide à nous mettre dans le bain. Avec beaucoup d’espoir, on se dit que le vent sera dans le bon sens au retour !

Un peu plus loin, le calme revient et l’Embalse de Canelles s’ouvre devant nous, on peut même apercevoir le barrage au loin. Nous avons largement sous-estimé la taille du lac et la journée s’annonce longue pour atteindre la Muralla qui est à l’extrême opposé !

Il est 12h. On saute dans l’eau pour se rafraîchir, profiter de l’eau turquoise et faire quelques photos. On ne perd pas de vue notre objectif et malgré la chaleur, on continue notre progression, coup de pagaie après coup de pagaie.

La Muraille apparaît enfin ! Soulagement ! Le panorama en vaut le voyage. On dirait l’épine dorsale de Godzilla, à moitié enfouie, à la fois sous terre et sous l’eau. C’est intimidant.

Arrivé juste en dessous, on découvre qu’on peut faire le tour, passer entre certaines dents.  Derrière il y a de petites criques ombragées, idéales pour s’abriter du soleil.

C’est l’heure d’une réunion au sommet pour décider de la suite de notre expédition. Même avec tout l’optimisme qu’on a mis dans la recherche d’un nouvel emplacement de bivouac à l’aller, on est forcé de constater que notre plage d’hier était de très loin le meilleur coin. Seul problème si on veut y retourner, il faut remonter les 15 kilomètres qu’on vient de descendre. On évalue le bénéfice effort-réconfort, la décision est votée à l’unanimité, on veut notre matelas de sable pour la nuit, quitte à ramer encore un peu.

À l’endroit où on l’avait quitté, le vent est toujours là, et oh surprise, il a changé de sens et nous offre sa résistance sur les 5 derniers kilomètres, de quoi finir de nous achever. « Notre » plage apparaît enfin, il était temps.

Cette journée aoûtienne caniculaire a mis en lumière un nouveau problème : notre consommation en eau est beaucoup plus élevée que prévu et on craint d’être limite pour la cuisine du soir et l’hydratation du lendemain. On décide d’utiliser l’eau du lac, à faire bouillir pour la cuisine et le café, et de garder les 2 bouteilles qu’il nous reste pour le dernier jour.


Arrivés à 16h, on en profite pour explorer les environs de notre lieu de camp, bouquiner et pêcher le repas du soir. Un lancer plus tard, on active le mode Top-Chef : Black-Bass du Congost de Monte Rebei snacké et son riz-poivrons rouges à l’eau du lac. Accompagné d’un Rioja qui était resté bien planqué au fond d’un bidon, on savoure l’instant.

Un ciel orageux nous accompagne, on sent que la nuit va être agitée…

On plie nos affaires sous le canoë, qu’on retourne en prévision de la pluie. On va se coucher, sur une seule oreille et d’un œil. Quelques minutes plus tard, le tonnerre et les éclairs nous réveillent.  Le vent monte crescendo et des bourrasques de vent continues nous alarment : on finit par ouvrir la tente pour vérifier le matériel. Le canoë a disparu.

Affolement, précipitation. Il faut savoir que nous sommes à 15 km par voie d’eau de la voiture et de toute habitation, soit approximativement 25 km par voie terrestre, mais que les berges sont abruptes, impraticables et qu’il n’y pas de chemin. Sans notre canoë, ça s’annonce un peu comme un remake de Robinson Crusoé à la sauce aragonaise.

On court partout pour ramasser les bidons, la vaisselle, tout ce qui a été emporté. Il fait noir, on y voit par intermitance grâce aux éclairs. Le vent souffle en direction du lac, éloignant de nous nos affaires, c’est donc un contre la montre pour sauver tout ce qu’on peut. Un bidon flotte au bord de l’eau, on s’approche pour le ramasser et on découvre là notre ITIWIT x100, sur l’eau, sagement rangé à l’abri derrière un rocher. Rappel pour nous-mêmes : brûler un cierge au retour.

On fait le bilan, calmement. Il ne manque quasiment rien.

Avec l’orage, le ciel est magnifique, noir et illuminé d’éclairs en continu. C’est un orage sec, sans pluie. On resterait bien pour le contempler, mais une rafale de vent nous rappelle vite à l’ordre. Tout est entassé derrière la tente, un peu à l’abri. On attache le canoë retourné, qu’on leste même avec plusieurs grosses pierres : une fois, pas deux !

Le bonheur d’être seuls au monde ressenti dans la journée prend un tout autre sens une fois sous l’orage. On regrette un instant de ne pas avoir choisi la grosse plage touristique de la location de canoë avec son accès facile à la route pour dormir…

Jour 3 : Le retour à la civilización - ±15km

Le réveil est difficile. On a pas fermé l’œil de la nuit, stressés à l’idée que le canoë pouvait se faire la malle une nouvelle fois.

Après nos aventures de la nuit dernière, on la joue plus cool. Café et petits gâteaux, brossage de dent toujours à l’eau du lac, rudiments de toilette afin d’être présentables pour notre retour parmi les humains. On prend aussi le temps de refaire la pression du canoë, d’ajuster les sièges et de bien arrimer les bidons.

Un adieu à notre presqu’île paradisiaque et c’est reparti pour les 15 premiers kilomètres à parcourir en sens inverse.

Les gorges défilent beaucoup plus vite qu’à l’aller. On est parti tôt et les canoës de location n’ont pas encore envahi les lieux, leur rendant un peu de magie.

Passerelles suspendues, vautours, arbres immergés. On est arrivés. Portage douloureux sur le kilomètre reliant la berge à la voiture, sous un soleil de plomb, sur un chemin raide et caillouteux. De quoi nous laisser le temps de nous dire qu’on reviendra, peut-être cette fois pour explorer les sentiers qui doivent offrir des points de vue imprenables sur ce que nous avons découvert d’en bas.

Enfin arrivés à la barrière fermant l’accès à la mise à l’eau, on est surpris par la présence de gardes forestiers. Ils bloquent l’accès aux gorges. On s’imagine un instant que l’eau est peut être contaminée, on repense à notre riz-poivrons, au café du matin…
Finalement la conversation s’engage à coup de - buenas dias - hello - et finalement bonjour et on apprend que c’est en fait tout le massif qui est interdit pour risque d’incendie à cause des fortes chaleurs (45°C enregistré sur la zone).

À deux jours près, notre aventure serait tombée à l’eau. Rappel pour nous-mêmes : brûler un second cierge en arrivant à la basilique de Notre-Dame del Pilar à Saragosse, suite de notre périple Aragonais.

jordan gamet

Jordan nous partage régulièrement ses aventures avec son kayak 100+ 2 places jaunes ! Vous voulez en découvrir une autre ? Un autre défi de folie ? C'est par ici ⬇️

Cap sur la Grande Muraille de Chine Aragonaise
Charlotte

CHARLOTTE

digital leader

Je suis Digital Leader chez Itiwit et passionnée par les sports d'eau !
Ce que j'aime particulièrement dans mes missions ? Echanger avec nos utilisateurs et raconter leurs plus belles histoires !