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descente du danube en kayak

Joseph revient du Danube en kayak et vous partage son récit d'aventures..
Paysages, rencontres, défi.. De quoi vous donner les frissons et vous donner envie d'y faire un tour !

La Loire en kayak

« Samedi 3 juillet 2021, ça y est… je suis en route pour les rives de Budapest. La capitale de la Hongrie où j’avais débarqué en juillet dernier après les 700km de ma première expédition pour tester la rando-kayak sur le Danube. L’été dernier, c’était la découverte du fleuve, de la randonnée fluviale, en Allemagne, en Autriche et en Hongrie. Mais depuis la fin de cette aventure un autre défi me trotte en tête, bien plus ambitieux : naviguer jusqu’au Delta du Danube (à Sulina en Roumanie) et atteindre la mer Noire. Ça y est, j’y suis ! Hongrie, Serbie, Croatie, Bulgarie, Ukraine et Roumanie : voilà la liste des pays sur lesquels je naviguerai les prochains jours. 1700km pour atteindre la mer Noire. Défi faisable ? On verra… En route ! »

La descente du Danube en kayak en solitaire : pourquoi ce défi fou ?

"L’aventure, cette recherche du dépaysement, du surpassement, de liberté et de l’imprévisible, m’attire et fait partie de moi depuis mes années d’étudiant. Je me souviens encore de ma première aventure avec des amis, où nous sommes partis à 3 découvrir l’Albanie !
Je suis sportif depuis tout petit, passionné par la nature sauvage et j’aime me fixer des défis originaux. Alors, quand il y a deux ou trois ans, j’ai découvert l’existence d’un kayak performant gonflable (donc facilement transportable !), des tonnes d’idées d’aventures me sont venues en tête. Après des premiers voyages à pied, à vélo, seul ou en groupe, me voilà attiré par des expéditions en kayak !
J’ai trouvé ma définition du voyage - celle où le parcours et l’effort comptent plus que la destination – et le kayak est une nouvelle façon de voyager qui y correspond parfaitement : de l’effort physique, de l’aventure, de la nature et un impact réduit sur l’environnement.
Peu de temps après cette découverte, je suis tombé sur un récit d’une descente du Danube (merci François !) et le projet est devenu très clair pour moi : je voulais naviguer sur le 2ème fleuve le plus long d’Europe (après la Volga en Russie) ! En passant par l’Allemagne, l’Autriche, la Slovaquie, la Hongrie, la Croatie, la Serbie, la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie et l’Ukraine… ce fleuve était parfait pour mon envie d’aventures en kayak ! J’ai effectué la première partie l’an dernier (700km) et je voulais absolument revenir pour une nouvelle aventure.
Partir en solitaire me permet de me vider la tête, de tester mes limites et de les dépasser, de profiter du calme et d’être seul maître de mes journées. On ne peut compter que sur soi-même ! Les frissons de l’aventure sont décuplés."

Quelle préparation et quelle organisation pour 1700km de kayak ?

"Vivre en itinérance plusieurs jours ne me pose pas de problème particulier. Je me suis équipé de trois sacs étanches (40 litres, 30 litres, 5 litres), dans lesquels j’y ai glissé ma tente et mon duvet, quelques vêtements, ma caméra et de quoi cuisiner. Pour la nourriture, je me suis ravitaillé tous les 4-5 jours dans des villages sur les rives du Danube. Pour l’eau, j’essayais de remplir mes bidons dès que possible, car au soleil et sous 40°, mes réserves se vidaient rapidement. Mes expériences à pied ou à vélo m’ont bien formé sur ce point !
Au niveau de l’itinéraire, rien de spécial à préparer. Je me suis informé de la signalétique fluviale et des barrages hydroélectriques que je rencontrerai sur ma route. Je n’ai prévu aucune étape particulière. J’ai pris l’habitude de ne pas préparer mes excursions pour me faire surprendre par l’aventure. De toute façon, il est relativement simple de trouver un espace pour planter la tente sur les rives du Danube.
Sportif depuis tout petit, j’ai toujours été à l’aise sur un kayak mais un voyage en solitaire de 1700 km cela ne s’improvise pas et ne laisse pas de place à l’erreur. Ma première randonnée en kayak m’a permis d’apprendre à bien maîtriser la navigation (700km d’Allemagne jusqu’en Hongrie) et cette année, j’ai réussi à m’entraîner correctement : j’ai pu m’exercer en kayak et je me suis préparé physiquement à ce qui allait m’attendre. J’ai dû cumuler environ 1000 km de descente sur ce kayak avant de m’engager pour cette descente intense de 25 jours. Théoriquement j’étais prêt mais honnêtement je ne savais pas si cela suffirait pour mener à bien ce défi de taille. Je m’y suis engagé sans réellement être sûr que je réussirai… mais je voulais tenter !
Avant mon départ, je m’étais fixé l’ambition d’avancer au moins 50 km par jour. Finalement je me situais plutôt vers les 65-75 km quotidiens. Mon avancée dépendait vraiment de la météo et du fleuve. J’ai pu faire 30 km en moins de 2h15 comme j’ai pu lutter pendant 4 heures pour boucler 20km face à un vent de face à m’en faire perdre mon chapeau !"

Et les paysages ?

"Chaque coup de pagaie et chaque kilomètre parcouru, m’ont fait découvrir de nouveaux paysages. Le Danube m’a fait passer par des grandes villes, des marécages, des villages, des forêts de grands arbres, des ports, des plages de sables ou de coquillages, des canaux, des rives presque désertiques, des portions très étroites ou si larges qu’on se croirait en pleine mer, jusqu’à atteindre les plages de la mer Noire. Les paysages changent chaque jour, ça motive ! Ce qui est fabuleux, c’est que j’ai vécu au fil de l’eau mais aussi au fil du jour. J’ai pu pagayer face à un soleil qui se lève mais aussi face à un soleil qui se couche, c’était magique. Je me souviendrai toujours de la forteresse de Golubac sous les premiers rayons du soleil à 6h du matin.
Après Budapest, le Danube est vraiment plus sauvage qu’en amont. Il y n’y a quasiment plus de tourisme fluvial et les aménagements humains se font plus rares. On s’y sent beaucoup plus seul, mais c’est sans compter les milliers d’oiseaux (hérons, mouettes, canards, pélicans, pygargues et autres espèces que je ne saurais citer…), de poissons et d’animaux (daims, chacals, cochons sauvages, moutons, vaches, …) qui peuplent les abords du fleuve. Ce qui est beaucoup moins plaisant ce sont les passages dans les ports industriels et la présence d’une pollution au plastique qui s’intensifie à mesure que l’on descend le fleuve. Des déchets en plastiques sont visibles tout au long du Danube et s’agglomèrent sur certaines plages, c’est un bien triste spectacle."

A quoi cela ressemble une journée de kayak sur le Danube ?

"Chaque jour c’est la même routine (je suis rodé !) : je me réveille, je me prépare un petit déjeuner le plus calorique possible, je plie ma tente et range mes affaires dans les deux gros sacs étanches avant de débuter la journée d’efforts. Je place un sac dans le coffre arrière de mon kayak et je sangle solidement l’autre sur le dessus. Je garde quelques affaires importantes dans le petit sac accessible devant moi (téléphone, caméra, portefeuilles, goûters) pour éviter de devoir tout déballer à chaque pause et je fixe mon panneau solaire sur le sac derrière moi. Une fois assis dans le kayak c’est parti… le corps se réveille au fur et à mesure des coups de pagaie et les courbatures s’évaporent. Les paysages défilent toute la journée jusqu’au soir, au moment de trouver un petit spot sympathique pour diner et passer la nuit.
Généralement, je me suis accordé 3 pauses par jour : deux petites en milieu de matinée et d’après midi et une pause repas à midi. Mais le programme n’était pas strict, rien ne m’empêchait de fermer les yeux sur une petite plage déserte à l’ombre d’un rocher ou de me baigner pour me rafraichir ! J’essayais toujours de trouver de jolis endroits pour profiter de mes pauses, tout en faisant attention à trouver de l’ombre et à éviter les zones infestées de moustiques !"

Qu’est-ce que tu as trouvé dans cette aventure ?

"Malgré la difficulté, j’ai apprécié et savouré chacune de mes journées. Ce sentiment d’évasion, de liberté et cette sensation de glisse sur l’eau me porteront encore quelques temps ! Ces souvenirs resteront gravés c’est certain. Pour moi, le moment le plus épanouissement n’est pas forcément l’arrivée. J’étais très fier d’être arrivé à Sulina mais les sensations lors du voyage sont encore plus fortes, particulièrement en début et fin d’aventure. Il y a une énorme satisfaction à atteindre son objectif, à mettre le pied à terre après 1700 km de kayak mais la sensation de se lancer dans l’aventure et de se dire que tu approches du but est magique ! A mesure que je m’approchais de la fin, j’étais de de plus en plus porté par cette envie et cette motivation de réussir le défi que je m’étais fixé ! Et cela devenait de plus en plus concret, étape après étape ! C’était enivrant. Les derniers jours et les derniers kilomètres sont fous ! Tu te dis "punaise, j’y suis presque !! Je vais le faire !!"
Mais évidemment, 25 jours consécutifs de kayaks à ce rythme n’ont pas été pas une pure partie de plaisir de A à Z. Au début de l’aventure, les ampoules aux mains et les piqures de moustiques me rendaient fou. En fin d’aventure, c’étaient les articulations des mains et les muscles du dos qui criaient grâce. La fatigue physique s’est installée très rapidement malgré ma préparation. Il y avait des jours où je me réveillais ou m’endormais complètement cassé et je ne parle pas des moments où je me demandais ce que je fichais ici, seul sur mon kayak en plein milieu de la Roumanie à n’avoir en stock que du riz et de la sauce tomate pour encore 2 jours ! Il fallait serrer les dents et avancer, en espérant que le vent ne se lève pas. Mais c’est aussi ça que je cherchais dans cette aventure, un réel défi physique et mental.
D’ailleurs, j’ai souvent douté de mes capacités à réussir la descente jusqu’au bout. Quand tu regardes ton GPS après 3 heures de pagaie et que tu vois que tu n’as parcouru que la moitié de ton objectif du matin… ça met un coup au moral ! Mais malgré la fatigue, tu continues. Tu es là, seul sur le Danube, à apprécier le calme et les paysages, à penser à tout et à rien, à profiter de l’instant présent tout en te projetant vers la fin de la journée et du voyage."

As-tu rencontré des difficultés ?

"Le Danube est un fleuve relativement calme, il n’y a pas de réelle difficulté. La difficulté est principalement physique, on ne peut pas compter sur le fait de se laisser porter par le courant qui est très souvent inexistant. Néanmoins, il faut être vigilant aux barrages et aux passages des gros bateaux, particulièrement dans le canal de Sulina ! Avec le vent on ne les entend pas forcément arriver et il vaut mieux s’écarter rapidement ! Au début, les vagues produites par le passage des bateaux peuvent surprendre mais très vite je m’en suis servi pour m’amuser quand le calme plat du Danube commençait à être ennuyant !
Je me suis tout de même fait surprendre quelques fois à être complétement embarqué dans de très forts courants après de fortes pluies durant la nuit. La météo peut complétement changer le fleuve en une nuit, il faut rester vigilant. De même, les fortes chaleurs et le vent rendent l’avancée parfois très difficile. Il faut en être conscient. Mais je ne peux pas me plaindre de la météo, il ne pleuvait que la nuit. Je n’ai essuyé qu’une matinée de pluie sur 25 jours."

Descente du Danube en solitaire

"Voilà une semaine que j’ai mis le pied à terre à Sulina pour clôturer cette aventure de 1700 km et je suis encore sur mon petit nuage - fier d’avoir réussi à atteindre mon objectif ambitieux; encore émerveillé par la richesse des paysages qui ont défilé sous mes yeux ; et rempli de ce sentiment d’aventure et de liberté. Que les amoureux des aventures itinérantes n’hésitent pas à naviguer sur le Danube !
Maintenant place au repos avant de partir vers d’autres aventures."
Joseph Gandrieau, 26ans, enseignant d’EPS et doctorant à l’Université de Lille.