Charlotte participe à la Dordogne Intégrale 2021

Charlotte nous raconte sa préparation et son aventure à la Dordogne Intégrale 2021. Un récit incroyablement bien raconté qui nous donne l'impression d'y être ! Encore BRAVO !

Charlotte participe à la Dordogne Intégrale 2021

"Comme une Française sur 10, j’ai été diagnostiquée atteinte d’endométriose à l’âge de 26 ans. Une maladie diagnostiquée le plus souvent suite à des douleurs. Après 2 ans sans voir pu pratiquer aucun sport, j’ai enfin pris sur moi de redémarrer progressivement une activité sportive.

D’abord un peu de yoga, puis à nouveau un peu de rame, puis un peu plus de yoga, du vélo pourquoi pas, du cardio training, de la danse classique allez c’est parti, puis plus de rame, puis re plus de yoga puis les courses de SUP à droite à gauche en courte distances, puis en relais sur des longues distances
et une prise de conscience : je veux prôner la volonté, la bienveillance et l’optimisme.

Je me lance alors le défi de réaliser les ultra longues distances, en SUP, en solo, en partenariat avec Itiwit et Info Endométriose.fr. Je suis bénévole pour cette association qui a pour but de sensibiliser et de libérer la parole autour de l’endométriose.

Je me prépare comme je peux après les congés d’été. Cette année, la Dordogne Intégrale tombe en le 11 Septembre, après plus d’1 an de péripéties covid.
Quelques sorties longues sur la Deule avec mon équipier, je commence à visualiser la course. Je commence à angoisser sur quoi emmener à manger et à boire, oui c’est presque le truc qui me tracasse le plus (rires).
Je réalise les derniers tests : eau pétillante dans la sacoche (attention au dégazage hah), les fruits secs, les compotes Aptonia et bien sûr, test de la planche fournie par Itiwit en 14’x25’. Un peu instable au démarrage, en partant de ma rigide 12.6’x26 ‘, mais finalement ça glisse, je tiens debout passée l’appréhension des premières vaguelettes. C’est donc décidé : je ferai la DI en Itiwit !
Clairement, physiquement je suis en forme : pas de crise depuis un moment, j’ai pris soin de m’alimenter en bannissant un max les aliments inflammatoires, j’ai arrêté de fumer, je ne bois que très peu d’alcool.

Reste l’inconnu : Est-ce que mon endo va m’embêter le jour J ? Ca devrait le faire, la course a lieu 10 jours avant mes règles, pas la meilleure période niveau douleurs mais croisons les doigts 🤞.

Le jour du départ, je ne suis pas prête du tout ! J’ai mal dormi, j’ai oublié de gérer le petit déjeuner.
Heureusement, les autres membres du club ont pensé à tout, nous partageons un riche petit déjeuner ensemble, un petit selfie toilettes et c’est parti !
Le lancement de la course est donné un peu avant l’aube après les kayaks.
Après quelques kilomètres de prise en main de la planche, avec l’aileron spécial Dordogne (aileron souple 5 pouces) qui la rend clairement moins stable, arrive le premier rapide. C’est le bonheur !
Il y a beaucoup d’eau, beaucoup de courant, je m’amuse ! Je rattrape mon équipier qui est ravi aussi puis ça déroule jusqu’au ravitaillement des 37km. Je n’ai rien vu passé, il arrive presque tôt ! Une bonne moyenne à 11km/h, je suis la 4ème femme. J’attends Manu qui arrive peu de temps après moi et qui est blessé à la jambe.

Je repars sur mon rythme, toujours 11km/h de moyenne, je me sens bien. Le temps est parfait, ni trop chaud ni trop froid et surtout pas de pluie et très peu de vent. Je me sens bien jusqu’au 50ème kilomètre. Je commence à avoir mal partout. Je passe sur la partie de course qui va se jouer au mental.
Au 70ème km et 2ème ravitaillement, je m’arrête sur le bord, je me glisse dans l’eau jusqu’à la taille pour soulager les muscles. Je fais une pause sandwich en attendant Manu qui arrive assez tard. Le directeur de course demande l’intervention des secouristes.
Choix est fait pour moi de l’attendre malgré le maintien de ma 4ème position jusqu’ici.
Cette pause nous a beaucoup servi. On a ri, on a mangé. Je me suis rendu compte avec beaucoup d’émotions que ma famille me suivait via le tracker et commentait la course dans un message groupé. Après une pause de 1h30, il est temps de repartir et ce avec un gros handicap temps.
En effet, la DI est une course difficile parce qu’elle est de 130km mais aussi parce qu’elle est à réaliser dans un temps maximum donné.

En partant le directeur de course nous crie : « Allez ! au 90ème vous êtes presque arrivés !». Cette phrase ne veut rien dire du tout pour moi. A ce moment-là, je rumine le fait d’en être seulement à la moitié et d’avoir mal partout… !
Bizarrement les courbatures s’estompent. Le corps va mieux mais c’est le mental qui vacille. Le parcours s’élargit, il n’y a plus que quelques rapides éparses, le courant se fait moins sentir, je suis fatiguée, j’ai l’impression de coller. Le ravito arrive enfin.

Les secouristes changent le pansement de Manu, nous changeons nos ailerons, et le directeur de course compatissant nous laisse repartir malgré notre retard. J’ai fait 90 km. Effectivement, les 20 derniers sont passés vite, 40 paraissent si peu à faire. C’est reparti jusqu’au 110ème avec un max de motivation !
Des moments faciles, des moments difficiles, tous les 5km mon mental change mais le corps suit. Je beugle du Charles Trenet et clairement je vais moins vite.

Arrêt de la course au bout de 110km, nous sommes arrivés trop tard.
Je pleure de me faire arrêter si près du but. Je suis en colère, je suis frustrée, je suis déçue.
C’est très dur mentalement mais bizarrement à part une extrême fatigue le corps va bien. Une grosse crise nocturne d’endométriose, dans les jours qui suivent, me rappelle que j’ai fait 110km et que c’est quand même un truc de fou !

La Dordogne ce n’était pas pour moi cette année, j’ai ma place pour 2022 !
Dans 6 mois, je la termine."- Charlotte